Conférence mobilité Paris

4 ans d’expérimentation, ce n’est pas rien. 4 ans se sont écoulés depuis le lancement, en 2012, de l’expérimentation alors appelée “Bretagne Mobilité Augmentée”.

4 ans d’idées, de mises en pratique, de succès ou de réussite en demi-teinte, et surtout 4 années d’expériences qui ont mobilisé plus de 150 personnes appartenant à des organisations aussi différentes que les Universités, une banque, une entreprise agro-alimentaire ou bien encore du bâtiment et des travaux publics sans oublier le commerce, les activités tertiaire, le tourisme… 4 années qui nous ont permis d’apprendre sur la mobilité, de la mobilité et de ses rapports avec les activités, et par la mobilité.

Cette période de 4 années ne marque pas une fin, loin de là. Riche d’expérience, BMA prend un nouveau départ et devient aujourd’hui Booster de Mobilité Active — parce que ce qui était hier une expérimentation à l’échelle d’une région est devenu une démarche applicable aux entreprises à tout un territoire.

La mobilité en débat !

À l’issue de ces quatre années, nous avons beaucoup appris. Mais loin de nous l’idée de nous contenter désormais de théoriser la pratique ou de paresser sur nos acquis  — notre démarche est née sur le terrain, et elle continuera à s’y confronter. Pour conclure cette période, nous avons décidé de mettre en place la confrontation par excellence, sous la forme de débats publics. D’abord, en amorçant sur les réseaux sociaux, et en particulier sur Twitter. Mais aussi en invitant, le 16 décembre 2016, des acteurs de la mobilité de tous les horizons, pour qu’ils viennent interroger notre vision issue de l’expérience.

Réinventer la mobilité

Dès l’ouverture de notre journée de débat, le décor était planté : « Comment peut-on changer les paradigmes de la mobilité ? », débute Gilles Dansart, fondateur et rédacteur de Mobilettre. Car en 2016, c’est bien ce dont il est question : sortir des conceptions classiques, pour réinventer nos manières de penser la mobilité. En effet, nous ne devons pas l’oublier : « aujourd’hui, quand on parle de mobilité aux jeunes, ils pensent baskets et portable ». Une vision qui tranche avec les politiques historiques qui accordent autant d’importance à la voiture qu’aux infrastructures. Alors, frileux de la voiture, les jeunes ?

Expérimenter et réussir : le pack mobilité étudiant

Un constat que ne viendra pas contredire Nadège Bouvet, venue rapporter son expérience de BMA sur le pack mobilité étudiants de la SNCF, l’une des expérimentations de BMA. Une expérience qui est née de la prise en compte d’un paradoxe par l’acteur historique des transports par chemin de fer : les étudiants possèdent une voiture, mais veulent prendre les transports en commun, continuer à faire du covoiturage, choisir le train en cas de besoin…

Une polyvalence des modes de déplacement, à laquelle la SNCF n’apportait jusque là qu’une réponse partielle. Face à cela, BMA et la SNCF ont élaboré un pack mobilité, qui offrent aux étudiants la possibilité de choisir, avec un abonnement unique, plusieurs modes de déplacements — une polyvalence qui leur permet d’organiser leur mobilité en fonction de leurs besoins et de leurs envies, non plus l’inverse. Un pack, d’abord mis en place dans une seule ville en partenariat avec BMA, et qui aujourd’hui existe dans 25 grandes villes étudiantes de France.

D’abord l’activité, ensuite la mobilité

La leçon à tirer de l’expérience SNCF est applicable à toutes les expériences que nous avons menées, et qui pourrait se résumer en une seule phrase : c’est en partant de l’activité que l’on génère la mobilité, et non l’inverse. Autrement dit, « c’est par l’action que l’on crée des solutions », comme le souligne Marc Potel, de la Caisse d’Épargne Bretagne Pays de Loire. Et même si ces solutions se présentent d’abord sous un caractère local, elles sont déployables industriellement et commercialement ! Comme quoi, le local ne s’oppose pas au global, le bottom up au top down. Bien au contraire, chacun des niveaux apportent des éclairages pour rendre possible les liens indispensables à une mobilité qui a besoin de fluidité et d’agilité.

Et des enjeux, ils sont plusieurs à être venus les présenter lors de cette matinée débat. Autre exemple, le Professeur Karim Boudjema, Chirurgien et Chef de service du Centre Hospitalier Universitaire de Rennes, est venu exposer le cas concret de la mobilité à l’hôpital. Dès l’ouverture, le message est clair : « aujourd’hui, nous sommes plus dans un système où nous tentons d’adapter les anciens usages, plutôt que d’en inventer des nouveaux ». Et pour cause : le médecin breton n’a pas manqué de souligner la complexité de la mobilité des patients qui ont besoin d’une intervention chirurgicale : prendre rendez-vous, venir au rendez-vous, repartir s’il manque des papiers, revenir, attendre une période règlementaire de discussion entre le médecin et l’équipe de soin, revenir, repartir, et ainsi de suite avant d’enfin être soigné.

De la mobilité à la démobilité

Autant de problématiques de mobilité qui se transforment en problématiques de santé. Alors, quelle solution ? La mise en place d’un poste de « case manager », un professionnel pour faire le lien entre le patient et l’équipe médicale : en organisant la venue du patient en amont, le case manager s’assure que le patient n’aura qu’à se déplacer une seule fois. Et sur place, le soigné reçoit une tablette, qui centralise l’ensemble de ses informations, et lui permet de rester en lien avec l’équipe médicale. Ainsi, en partant de l’activité, l’équipe du CHU de Rennes a œuvré à l’immobilité maximale. Car c’est en limitant les besoins de déplacement des patients que l’hôpital offre des services plus performants, et de meilleurs soins, tant sur le plan de la qualité que du confort.

Mobilité et innovations technologiques

Alors, la réponse se trouverait-elle dans le numérique ? En partie — comme le souligne Yves Crozet : « le portable est l’invention majeure de la mobilité moderne », ouvrant la porte à des nouvelles formes de mobilités : le travail en déplacement, par exemple. Il en va de même pour le web, qui a permis le télétravail, ou encore favorisé l’optimisation des déplacements professionnels (c’est le cas par exemple pour Cardinal Edifice). Mais en même temps, le numérique n’est pas l’unique réponse : nous ne devons pas oublier que pour certains habitants, l’accès au numérique n’est pas une évidence — et pourtant la question de la mobilité peut être pour eux de première importance.

Alors… on y va ?

Que répondre, donc, à « comment penser la mobilité aujourd’hui » ? La réponse est qu’il n’y a pas de réponse unique, pas de solution toute faite, pas de recette magique qui marche à tous les coups. Si nous savons imaginer un process opérationnel à 95%, les 5% restants, qui relèvent du sur mesure sont tout aussi essentiels, et c’est peut-être là la principale innovation en matière de mobilité !

Repenser la mobilité, cela passe par une co-construction permanente, venant du terrain, adaptée à chacune des situations et à chacun des contextes locaux, au plus proche des activités de votre entreprise, de votre institution, ou de votre territoire. Maintenant, plutôt que d’essayer d’imposer, si l’on construisait ensemble la mobilité de demain ?